
Jeudi 19 février 2026, 20 h, Le France de Thonon-les-bains
The Party, Blake Edwards, 1968
Des gaffes et des dégâts, comme aurait dit Gaston!
Pour débuter l’année 2026, « The Party » de Blake Edwards a ouvert en trombe et en grande pompe le cycle « Comédie » choisi par le Silencio.
The Party ! Et quelle « party » ! Quelle fête ! 41 personnes ont répondu à l’invitation… de quoi entendre de beaux éclats de rire !
Laurent Le Forestier nous a fait l’honneur de décrypter ce pur moment de bonheur festif et de déclencher les interventions d’un public très présent.
Pour célébrer la comédie, pouvait-on trouver mieux?
Le pitch :
Le tournage d’un remake de « Gunga Din » (film d’aventure de 1939) vire à la catastrophe suite aux maladresses d’un comédien indien de second plan. Celui-ci est renvoyé par le producteur sans ménagement.
Afin de s’assurer que ce Hrundi V. Bakshi, acteur originaire de Bombay, ne sera plus employé sur aucun film, il informe le dirigeant du studio, Fred Clutterbuck. Par un maladroit concours de circonstances, celui-ci l’invite pourtant à un dîner de gala. La soirée entrera, dès l’arrivée de Bakshi, dans une véritable spirale de gags de plus en plus conséquents jusqu’au désastre final dont le comédien innocent sortira indemne et ravi de cette fête de folie!
Le contexte :
Le film date de 1968. Et l’histoire se déroule au même moment. Dans le milieu du cinéma. Blake Edwards nous offre ici un portrait bien épicé de la société qu’il côtoie à Hollywood!
L’Amérique est partagée entre sa participation à la guerre du Vietnam, et le besoin général de se libérer des diktats sociétaux. Besoin de rire.
Pour Blake Edwards, de faire rire pour mieux dire, sans provocation.
Des indices nous rappellent ce déséquilibre dès les premières minutes : le style du générique « Flower Power » , les fumeurs de joints, le casque du petit garçon (qui évoque le Vietnam)... Des éléments que l’on retrouvera jusqu’à la fin… avec en apothéose la séquence de l’éléphant maquillé de slogans libertaires dont le nettoyage collectif va déclencher une rocambolesque Bérézina.
Blake Edwards signe une comédie qui s’inscrit très nettement dans un contexte politique qu’il dénonce… gentiment et avec beaucoup d’humour!
Le racisme est ouvertement moqué avec l’employée de maison qui est noire, le cuisinier chinois qui ne parle pas anglais, l’acteur “cow-boy” qui appelle “Conchita” la jeune femme qui l’accompagne, négligeant de retenir son prénom, et ne faisant pas la différence entre italien, espagnol, mexicain… Il “agrave son cas” en ignorant que Bakshi est un indien d’Inde, et non d’Amérique (à se demander s’il est sorti de son western!),… Toutes ces ethnies se mêlant joyeusement et librement dans la “mousse de nettoyage finale”: on nettoie tout et on recommence, semble nous dire Edwards. Le simple fait que Peter Sellers ait été choisi pour jouer un Indien et donc de devoir le maquiller marque avec humour sa position.
Références:
Sellers en est à sa troisième collaboration avec Edwards, mais c’est la seule qui ne soit pas de la saga de La Panthère Rose. Ensemble, le duo donne au personnage de l’acteur un côté Jacques Tati très marqué, le côté poétique en moins. Dix ans plus tôt, “Mon Oncle” se déplaçait avec la même incongruité dans le jardin de sa sœur que Bakshi dans la réception de Clutterbuck. La maîtresse de maison accueillait son frère avec les mêmes sautillements d’une dalle à l’autre que l’employée de maison guide l’invité inopiné à cette fameuse Party. La chaussure sale et la gêne de son propriétaire, sa perte dans le courant de la rivière artificielle, la tentative pour la récupérer à l’aide d’une branche de bambou, etc. (le gag n’en finit pas!), c’est du Tati!
Laurent Le Forestier met en lumière la parenté avec Laurel et Hardy. On ne peut effectivement la nier. Le duo irrésistible entre Bakshi et le serveur ivrogne (excellent Steve Franken), dont les mésaventures se répondent dans un burlesque affirmé, rappelle à l’évidence ces maîtres du rire des premières heures du cinéma. Harold Lloyd, Buster Keaton, Charlie Chaplin même… semblent être ainsi à chaque instant dans la mémoire de Sellers, chacun à sa façon.
Un autre duo est à saluer. Celui de Bakshi/Sellers et Michelle Monet / Claudine Longet. Les deux personnages, aussi étranger l’un que l’autre à l’univers superficiel de cette soirée, se reconnaissent tout de suite. Leur relation est d’une douceur, d’un naturel et d’une innocence qui contribue à l’atmosphère bon enfant du film. Elle dénonce pourtant les déviances de harcèlement sévissant déjà dans le milieu hollywoodien en faisant de Bakshi le défenseur et le consolateur de la brebis qui peine à échapper au loup. Lorsque Michelle est habillée avec les vêtements du petit garçon de la maison, après avoir bravement sauvé quelqu’un de la noyade (dans le manque de réactivité général) elle se libère, et la suite des péripéties s’inscrit sur le terrain de jeux de deux gosses qui se mêlent à une bande de joyeux délurés ayant mis bas les masques.
Tout finit bien, rien n’est grave, puisque ce qui pourrait l’être s’efface, ou plutôt se nettoie, à grande eau!
Laurent Le Forestier aurait été intarissable si l’heure n’avait sonné. Je ne peux ici retranscrire tout ce qu’il nous a apporté. Aucun écrit ne remplace le plaisir de partager une soirée. Mais il reviendra, et avec lui d’autres analyses affûtées!
Le cycle comédie se poursuit avec La Loi de la Jungle, jeudi 19 mars, à 20h au France. Le film sera cette fois présenté par Alexandre Ruffier. Gageons qu’il saura lui aussi nous régaler!
A noter!
Dans sa savoureuse programmation “Ciné-Culte”, Le Cinéma Le France ne pouvait pas mieux trouver pour rebondir que de choisir “La Panthère Rose”! Pour retrouver l’irrésistible duo Blake-Edwards-Peter Sellers, un rendez-vous à ne pas manquer