Le Silencio va au cinéma

Le héros de Berlin, Wolfgang Becker et Achim von Borries, 2025

 

 

 

Vu par Céline

 

 

Adapté du roman éponyme de Maxim Leo (2022), Le Héros de Berlin est une comédie allemande de Wolfgang Becker, réalisateur de Good Bye Lenin (2003), qui explorait déjà la période est-allemande, ses traumatismes et l’impact de la chute du Mur de Berlin. 

Décédé avant la fin du tournage, il est relayé par Achim von Borries, qui termine son film dans le respect de ses intentions.

 

En 2019, l’Allemagne s’apprête à célébrer le 30ème anniversaire de la Chute du Mur de Berlin. Mais comment susciter encore de l’intérêt pour cet événement auprès d’une population qui commence à l’oublier? Que ce soit du côté des institutions qui cherchent à dynamiser la cérémonie en changeant d’orateur émérite de l’effort de mémoire, ou de la presse en quête d'articles à sensation, la vérité semble être une valeur très relative. 

Le 9 novembre 1989, un agent ferroviaire provoque accidentellement la bifurcation d’un train à destination de l’Allemagne de l’Est vers l’Allemagne de l’Ouest, conduisant ainsi 127 passagers à s’exiler fortuitement. Un journaliste, désireux de s’élever dans sa situation, transforme le témoignage du technicien de la voie ferrée (devenu 30 ans plus tard propriétaire d’un vidéo-club) en une aventure digne des plus belles légendes. Michael Hartung, simple commerçant, devient du jour au lendemain un héros comparable à Oskar Schindler pour avoir sauvé, en toute humilité, ces échappés de l’Allemagne de l’Est. Furieux dans un premier temps contre cette manipulation médiatique, Micha se laisse bientôt happer par une série d’engrenages à son avantage, qu’il sert même avec une imagination débordante. 

 

Satire douce et humoristique des enjeux politiques, de la notion de mémoire, d’objectivité relative de l’Histoire, Le Héros de Berlin est servi par un personnage tendre et attachant, humble et humain. Maladroit porté aux nues malgré lui, il a des valeurs d'honnêteté qu’il préfère honorer, quitte à perdre ce qu’il avait gagné en acceptant l’usurpation. Le film prend ainsi un caractère presque burlesque, articulé par quelques scènes frisant l’absurde, qui font sourire. Bercé par une bande musicale proche de celle d’un film d’aventure, il nous donne la sensation de vivre les péripéties de Micha au rythme des vidéos qu’il loue tant bien que mal dans son club en faillite. Il souligne avec justesse la notion de véracité de transmission. “L’histoire est écrite par les vainqueurs” dit l’un des personnages. Elle est transmise avec des intentions subjectives, plus ou moins conscientes. Wolfgang Becker développe ce point du vue sévère avec une légèreté bienvenue, qui nous invite à une vigilance prudente, protégée de la colère et de la peur. 

 

A propos de Good Bye Lenin, Wolfgang Becker avait cité ce célèbre trait d’esprit de Michael Haneke: « Un film n’est rien d’autre qu’un enchaînement de 24 mensonges par seconde » reprenant Jean-Luc Godard selon lequel un film serait « 24 fois la vérité par seconde ». 

 

Entre vérité et mensonge, la réalité ne serait-elle pas une valse incessante menée par qui la danse ? Et l’Histoire dans tout ça ?

Le Héros de Berlin en est une nouvelle illustration, au pied de ce Mur abattu en une nuit, bouleversant l’histoire. Un symbole fort qui ne souffre pas de servir de décor encore une fois.