Le Silencio va au cinéma

L'Abandon - Vincent Garenq - Mai 2026

 

 

Vu par Eric

 

 

Le film est réalisé par Vincent Garenq (Présumé coupable, L'Enquête), avec Antoine Reinartz (toujours aussi charismatique et sensible dans son jeu) dans le rôle de Samuel Paty et Emmanuelle Bercot. Le scénario, coécrit avec Mickaëlle Paty (sœur de la victime), s'appuie librement sur Les Derniers Jours de Samuel Paty de Stéphane Simon. Le tournage s'est déroulé dans le plus grand secret, et la sortie a été annoncée quelques heures après le verdict du procès en appel. Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026.

 

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, a été assassiné par arme blanche et décapité en rentrant chez lui le 16 octobre 2020, par un djihadiste tchétchène. Le déclencheur est une diffamation sur les réseaux sociaux par le père d'une élève (qui ment sans jamais l'avouer) après que M. Paty eut montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours d'éducation civique sur la liberté d'expression.

 

L'élément central du mécanisme est qu'il s'agit au départ d'un simple mensonge d'une collégienne à ses parents, qui se transforme en tragédie. Le film va alors retracer les onze derniers jours de Samuel Paty, en s'attachant à l'engrenage d'une solitude institutionnelle et dogmatique qui a conduit à l'horreur.

 

Je salue une mise en scène volontairement sobre, sans pathos ni effet choc, qui s'en tient aux faits et à l'enchaînement des décisions — y compris la lenteur bureaucratique de la hiérarchie de l'Éducation nationale, illustrée par des détails concrets comme une pile de post-it sur le bureau de la principale.

 

L'assassin est le seul personnage dont le visage reste constamment indiscernable (flou, ombre, cadrage tronqué), une façon de le priver d'une quelconque notoriété, tandis que Samuel Paty est filmé comme une figure quasi christique dans le plan final.

 

Le film réussi à éviter de généraliser sur les musulmans ou les immigrés — notamment via le témoignage de la fille du prédicateur, présentée comme un contre-modèle. Il reste que les faits sont là et que les spectateurs peuvent passer de la haine de l'autre aux pleurs, en totale empathie avec le professeur d'histoire géographie. J'ai pu le constater lors de la séance.

 

On pourra juger le résultat trop académique et manquant d'un vrai point de vue cinématographique. j'y ai vu un film nécessaire qui relate les faits, rien que les faits, sans jugements imposés mais très attaché à cet anti-héro, devenu tel malgré lui.

 

En somme, c'est un film maîtrisé et nécessaire dans sa reconstitution factuelle, dont la sobriété peut être lue comme une manière d'éviter les débats de fond les plus inconfortables que cette affaire soulève.