Le cinéma d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, Le cinéma qu’on aime, le cinéma qui nous anime !

L’Effrontée , Claude Miller, 1985

Un film au propos intemporel, commente Romain en introduction à sa présentation.

 

L'Effrontée, cinquième long-métrage de Claude Berry, a été tourné entre Thonon et Evian, en très peu de temps. Le temps d’un été. Et monté en quelques semaines.Tout est très vrai, très sensible. Même si parfois on frôle le conte de fée, le rêve, l’illusion. C’est aussi ça la réalité. 

 

L'Effrontée, c'est un film né des souvenirs, du vécu de Claude Miller, et de son épouse, Annie, scripte sur le tournage. Une vérité qui se conjugue à tous les temps.

L'Effrontée a cependant fait l’objet d’un procès. Claude Miller a été accusé de plagiat du livre Frankie Addams de Carson McCullers (1946). Sa thématique, certes très jumelle, montre simplement que l’adolescence suit un schéma. Que tous les enfants se ressemblent quand ils veulent faire leurs propres pas. L’important c’est comment on le raconte, pour ceux qui ne le comprennent pas.

 

La distribution:

Charlotte Gainsbourg est repérée par Annie et Claude Miller sur le film d’Elie Chouraqui, Paroles et Musique, dans lequel elle n’a pas un grand rôle, mais suffisant pour déjà révéler une personnalité et un talent qui feront d’elle l’actrice qu’elle est devenue.

“Ce sera elle ou personne!” aurait dit Claude Miller. 

Il ira la chercher, avec la bienveillance de ses célèbres parents, à son collège en Suisse pour l’emmener sur les rives du Léman passer un été bien particulier ! Un tournage heureux pendant les vacances. Dorlotée par l’équipe, elle dira qu’elle n’avait alors pas une conscience d’actrice.

Et elle obtiendra le prix du Meilleur Espoir Féminin.

 

Clothilde Baudon, qui joue Clara, l’enfant prodige, n’était en réalité pas du tout musicienne. Dominique Besnehard l’avait remarqué dans un film d’école qu’il avait vu par hasard.

 

Julie Glenn, la petite Lulu, est simplement la nièce de Claude Miller. Fille avant tout du chef opérateur et réalisateur Pierre-William Glenn, elle a poursuivi sa carrière dans le cinéma, en tant qu’actrice tout naturellement, mais aussi en tant que coach pour enfants, chanteuse et pianiste.

 

Simon de La Brosse a été découvert, aussi par Besnehard, à Montmartre, où il travaillait comme garçon de café. Il promettait une belle carrière, mais les années 90 ne lui laissent pas sa chance, et il préfère tirer sa révérence dramatiquement à 32 ans.

 

Jean-Philippe Ecoffey est un acteur suisse, de théâtre, de cinéma et de télévision. Il a joué pour Alain Tanner, mais aussi pour Richard Berry (Moi, César, 10 ans 1/2, 1m39), Bertrand Blier (Mon Homme), Frédéric Mermoud (Moka, autre film d’ici !)...

 

Bernadette Lafont, inoubliable Léone, obtient le César du Meilleur second rôle féminin. Avec sa gouaille élégante, elle donne à son personnage une tendresse attachante, une énergie drôle et émouvante.

 

 

Un film d’ici :

Evian n’est pas identifié. Amphion non plus. Si ! La seule indication que l’on ait est “1 avenue du Léman”, l’adresse de Clara Bauman. L’histoire pourrait se passer n’importe où. Dans un endroit où se côtoient les petites communes et leur café du coin, leurs maisons simples avec jardin familial et les résidences luxueuses qui ne sont souvent habitées qu'épisodiquement… Vous avez reconnu Evian.

 

Le funiculaire, le collège des Rives (celui de 1985 !), la plage d’Amphion et ses belles demeures… peut-être même le Musée de M.Piccot à Douvaine. Nous sommes chez nous. Comme on pourrait être ailleurs. Mais le décor s’y prête. Et Claude Miller le connaissait bien. Il avait une maison à Lugrin. Et c’est bien beau !

 

Temps de crise:

“Tout est moche! Tout est petit!” s’écrit pourtant Charlotte, étouffée par sa colère. La colère d’un être nouveau qui voudrait sortir de la petite fille qu’elle est encore.

Romain se souvient de sa propre adolescence, d'autres spectateurs aussi sans doute. Il fait le lien avec les élèves qu’il connaît de sa vie professionnelle… Ces questionnements sont toujours d'actualité. Et le seront toujours. Ils sont une étape incontournable du développement de la personnalité.

 

Claude Miller pointe aussi des aspects sombres de tous les mondes: le théâtre de la guerre, en arrière-fond d’une chambre-salon où frère et père s’isolent devant la télévision, la pédophilie qui rampe, et l’enfant qui s’en méfie sans bien l’identifier. On dénonce avec les yeux, mais on laisse faire. on lance des regards moqueurs ou réprobateurs, mais on ne dit rien. 

 

Des questions à Léone sur ce qu’est l’amour, d’autres à Papa sur la mort… Une famille un peu bancale, reconstruite, mais une famille qui donne des repères, sur laquelle on peut s’appuyer, avec laquelle on peut grandir. Charlotte sait sur qui elle peut compter, et Miller sait très bien le raconter.

 

La vie n’est pas simple. Où qu’on soit, elle a son côté cruel.

 

Les groupes se sentent forts pour railler les isolés. Cruauté des écoles. Manipulation. Harcèlement que l’on surveille à présent. Les grands taquinent et les petits se débattent. Mentir, imaginer, s’inventer, pour mieux rêver, quitte à faire souffrir ceux que l’on aime et qui vous aiment sans compter. La relation entre Lulu et Charlotte est très forte, et vraie. Celle entre Charlotte et Clara est illusion, sans lendemain. Existe-t-elle vraiment ? Le loup rôde et l’agneau parfois s’en sort.

 

Les mots peuvent être durs et vont aussi loin que la douleur bouillonne. Pour disparaître l’instant d’après dans un climat de confiance, de tendresse bienveillante. 

 

-J’vais me tuer! crie Charlotte dans un accès de rage et de désespoir.

-Je t’ai toujours interdit de toucher aux armes de ton père ! répond la maman de substitution. 

Mais auprès de leur arbre, elles vivent heureuses… Léone cajole ces deux fillettes d’adoption, qui ont besoin de retrouver paix et consolation. Pour reprendre leur souffle.

 

Merci à Romain pour ces éclairages.