Nous avons aussi aimé (ou pas!) ces films plus anciens

Par Guillaume

FLIC OU VOYOU de Georges Lautner. 1979.


Un bail que je n'avais pas vu un Bebel. Let's go !
Lautner fait partie des réalisateurs qui ont bossé avec Delon et Belmondo, dans leur grande période de rivalité. Ici, on attaque directement sur un personnage déjà bien installé pour Bebel : un rustre classieux, brutal mais rigolard, qui met sous pression ceux qu'il veut soumettre. Pendant près de 30mn, on se demande qui est cet olibrius qui navigue entre les flics et la pègre, et on finit par avoir les éléments nécessaires à la compréhension et tout prend sens ; un conseil pour ceux qui ne connaissent pas le film, ne lisez pas le résumé, qui est à la fois imprécis, et grille toute cette incertitude du début de film. Le personnage est drôle et insupportable, entouré d'autres personnages tout aussi imbitables, notamment sa peste de fille, et ça castagne plus qu'à son tour.
L'histoire ne casse pas des briques, mais amène son lot d'action et de coups de poings, et est aménagée à 100% pour nourrir la gloire Belmondesque. Et aux dialogues, le père Audiard fait le job, même si on l'a connu plus percutant.


Lautner a cette qualité de faire du solide, visuellement carré et avec des intentions évidentes. Le sens du cadre, un soin certain amené aux séquences d'action (malgré les contraintes liées à l'envie de Belmondo de faire ses cascades), de vraies idées - parfois un peu gadget - visuelles. Après, comme souvent pour les films français de cette période, c'est un peu plat et la colorimétrie est fade, mais ça ajoute le grain du réel à un récit pas mal fantaisiste. La musique est honnête, dans la lignée du genre et de la période (à base de saxo, donc).


Et face caméra, il y a évidemment Bebel, le seul, l'unique. Il cabotine, il surjoue, il s'auto parodie, il s'auto cite, mais parce que c'est lui, ça fonctionne. Pour l'entourer, une belle galerie de gueules de l'époque, au jeu un peu plus réaliste. Et la belle Marie Laforet et son sourire en coin, et donc l'insupportable Julie Jézéquel en ado casse bonbon (qui était visiblement vraiment une ado casse bonbon, ça tombe bien).


Au final, un polar pas si noir (même si la scène d'ouverture nous le fait penser), et un pur véhicule à star pour Belmondo. C'est fun, improbable, parfois bien con, mais on rigole et on profite si on aime le genre. Accessoirement, il faut vraiment replacer ça dans le contexte, les rapports homme-femme étant bien archaïques ici.

 

Le blu-ray est tout à fait propre, mais Studio canal a vraiment fait le service minimum, avec un authoring de DVD, et comme seul bonus, une petite interview (7mn) de Lautner. Sympa, mais vraiment court.

 

Par Guillaume

BULL - de Paul Andrew Williams. 2021.


Allez, j'avais envie d'un truc cathartique et radical, ça me semblait le bon client... C'est rien de le dire.
Bull est une brute épaisse, qui travaille avec son beau-père et sa belle famille, dans ce qui ressemble à un gang local. Après s'être séparé de la mère de son fils, dont il souhaite la garde exclusive (la mère étant droguée et totalement pas fiable), il se retrouve menacé par son ex beau père, et finit par disparaitre... 10 ans plus tard, il revient à la surprise générale, et ça va chier des bulles.


Le scénario est d'une brièveté presque suspecte, et tellement brusque et sec qu'on se demande bien où ça va. Mais peu à peu, on se retrouve à chercher à comprendre, comme les victimes de cette vendetta hardcore qui se demandent ce qui leur tombe sur le coin de la gueule... Les dialogues sont serrés, les personnages parfois caricaturaux, mais probablement pas si éloignés de la pire engeance des quartiers populo en Angleterre, et le personnage central est proprement monstrueux (au sens littéral). Le retournement final est logique (je me doutais d'un truc du genre dès le début, mais ça devient évident au fil du film), et bizarrement satisfaisant.
À la mise en scène, Williams fait dans le sobre. C'est froid et presque clinique, avec une colorimétrie de documentaire et une caméra à l'épaule. Le gros parti pris ici étant de ne jamais glamouriser la violence : c'est surprenant et sec, parfois définitif, jamais complaisant. Bull est un réel psychopathe, qui se venge sur des imbéciles et d'autres psychopathes... On ne sait pas qui est le plus à plaindre. L'aspect mélo est assez bien fichu, puisqu'on compatit évidemment avec le seul personnage innocent du film (le fils du héros). Et la fin nous laisse dans le flou sur son sort, il a une chance de repartir sur de meilleures bases, mais la violence peut-elle réellement aboutir sur du positif ? Allez savoir.


Au casting, pas d'esbroufe, pas de paillettes. Je ne connaissais personne, et ça fonctionne encore mieux. Neil Maskell est minéral dans le rôle central, convaincant et hargneux. David Hayman, en partriache ultra brutal, ne laisse pas beaucoup de place aux autres gaillards dans la pièce : il est certes sec et vieillissant, mais on n'a pas envie de l'avoir comme ennemi. Les autres membres du gang sont quasiment tous ses beaux fils (ou ex), sous emprise. Les femmes sont peu présentes, sauf l'ex de Bull, une junkie odieuse, parfaitement incarnée par Lois Brabin.
Au final, un revenge movie radical et sans pitié, brutal sans complaisance, et nous amène à une fin logique, qui fait basculer le récit vers autre chose. Plutôt une bonne surprise donc, réalisée avec une urgence et une intégrité certaines. Bon film, pas pour les estomacs sensibles !


Le blu-ray est propret mais sobre. Image pas mal encodée, et le son est vibrant de lourdeur (mon caisson de basse a bien bossé, ça a dû faire vibrer les pieds des voisins au-dessus), et la musique minimaliste. Aucun bonus, c'est dommage.

 

Par Céline

L'ENGLOUTIE - Louise Hemon - 2025

 

Une lumière dans les ténèbres 

 

Elle a ce visage enfantin et timide,
Elle a cette volonté innocente et rebelle
Elle a ce sourire lumineux et discret qui la libère soudain
d'une inquiétude
méfiante et sauvage
Farouche et sur ses gardes
Comme une bête traquée
Elle accepte les usages
Pour se faire accepter
Elle transmet son message
Comme une fée des forêts
"Apprends et parle
le langage
De ceux qui s'ouvrent au passé
Au monde qui connut des naufrages
Mais offrit des terres et de nouveaux visages
La Prusse, l'Algérie, la Californie
ne sont pas que des terres de légendes.
Elles sont ici sur cette carte
Elles sont là-bas
Et tu iras.
Si tu veux lire mon livre,
Écris le tien
Tu seras maître de tes trésors
De ton histoire
De celle de tes pairs,
De tes anciens
De tes demains.
Tes mots sont devenus miens
Quand je les ai écrits
Posés sur mon chemin
Grâce à ton récit.
Il est à moi, ne le brûle pas, je ne suis pas maléfique
Je suis le feu sous la neige
Grâce à toi je l'engloutis
Je suis le feu sous la neige
Brûlons ensemble notre vie.
Je suis L'Engloutie,
Et au printemps je fleuris. "

Elle, c'est Aimée, une institutrice républicaine à l'aube du XXème siècle, missionnaire de l'Etat pour éduquer les populations isolées qui ne parlent que le patois, mais rêvent de terres conquises, d'Eldorado. On parle bien de colonisation.

Elle, c'est Galatéa Bellugi, qui éclaire de sa lumière naturelle ce personnage ténébreux de mystère. Galatéa Bellugi qui illumine avec grâce et discrétion le Cinéma d'aujourd'hui (La Condition, de Jérôme Bonnel, Chien de la Casse, de Jean-Baptiste Durand, L'Apparition, de Xavier Giannoli...)
Galatéa Bellugi qui donne à ce film de femme la puissance féminine qu'on reconnaît aujourd'hui.

Je vous invite à écouter le podcast de Lucile Commeaux qui dit de ce film tant que je n'aurai su écrire.
 

Par Guillaume

MONEY TRAIN - de Joseph Ruben. 1995.

 

Pur produit des années 90, je me refais Money Train (lui aussi pur produit...). Peu de souvenirs, mais le duo principal est cool !
Snipes et Harrelson incarnent 2 frangins adoptifs improbables, le premier étant régulièrement au chevet de son p'tit frère qui déconne (addiction au jeu, morale un peu souple). Ils sont tous les deux flics, dans le métro new yorkais, au service d'un patron absolument tyrannique et psychotique, obsédé par son Money Train, qui ramasse les recettes des stations tous les jours...
Bon, on sait où tout ça nous mène, ce fameux train va se faire braquer, et on sait bien par qui...
Un scénario basique et un peu con, avec des personnages principaux basiques et un peu cons, un antagoniste ultra hardcorement con, et Jennifer Lopez qui vient bouger son booty au milieu de tout ça. C'est quand-même rythmé, même si la vie privée de nos deux garnements de 30 piges est un peu glandue, la fin dépote pas mal.
En matière de réalisation, on est sur du basique de l'époque. Ce n'est pas honteux, mais rien de renversant non plus. L'image est un peu clinique, assez sombre (quasiment tout se passe de nuit ou dans les tunnels du métro), et le son pétarade pas mal. La musique est standard, et l'important reste d'être carré et lisible visuellement. Ça roule pas mal à ce niveau, mais ça manque un peu d'épaule parfois.
Pour jouer nos débiles de frères, il y a donc Snipes et Harrelson. L'un est plutôt impassible et charismatique, l'autre plutôt débraillé et sympathique. Rien de fulgurant. L'arrivée du détonateur JLo amène une touche féminine finalement assez discrète, mais ça fait un peu avancer le bazar (elle s'en sort plutôt bien). Le gros vilain est joué par Robert Blake, tellement odieux qu'il en est risible. Ça fonctionne pas mal, même si c'est vraiment puéril.
Allez, on va être sympa, ça reste un petit moment régressif et cool. Un petit film d'action qui lorgne sur Speed, mais surclasse tout juste les meilleurs Seagal (ce n'est pas un compliment).

Par Guillaume

LUTHER THE GEEK de Carlton J. Albright. 1989.

 

J'ai finalement vu assez peu de Troma, donc je teste... Déçu en bien, je dirais.
Le terme geek vient de phénomènes de foire des années 30, qui acceptaient de faire des trucs ignobles pour gagner leur croûte (ici, décapiter des poulets avec les dents). Luther, gamin un peu abîmé, découvre fasciné un homme dont c'est le quotidien. 25 ans plus tard, il est libéré d'hôpital psychiatrique pour bonne conduite, alors qu'il était interné à vie pour 3 meurtres sanglants (évidemment qu'il égorgeait ses victimes avec les dents, puis les regardait se vider de leur sang)... Le carnage recommence.
Le scénario semble un prétexte à des séquences toutes plus brutales et répugnantes, mais le malaise s'installe dès son arrivée dans la ferme qu'il va terroriser pour le reste du film. Les caquètements, les dents en métal, ses postures physiques, la violence brutale et sans raison ; on rigole certes, car c'est ultra sanglant et souvent inattendu, mais c'est aussi plutôt sérieux, conçu comme un vrai film d'horreur, et c'est d'autant plus dérangeant que crédible. Bref, même si le rythme baisse dans l'interminable "poursuite" dans la grange, la fin impayable rattrape le tout !
Gros bémol cependant, avec les réactions (ou non réactions) totalement absurdes et débiles de la mère et sa fille, incapables de couper des liens en tissu pendant les longues minutes qui leur étaient pourtant entièrement accordées au départ de Luther... Bref.
Si on n'est pas face à une production soignée, ce n'est pas non plus une pantalonnade indéfendable. L'esthétique est calibrée dans la laideur, et convient bien à son sujet sordide. Les séquences gore sont plutôt bien fichues, et la violence physique est palpable. Dès que ça bouge un peu, c'est chaotique, mais on a vu pire.
Pour ce genre de film, la nanarditude potentielle vient souvent des acteurs. Ici, rien de tout ça : si le début fait craindre le pire (la réunion des psys est calamiteuse, et l'arrivée de la fille à gros seins à la ferme fait peur), mais Luther est incarné par un grand malade (Ed Terry, ancien camarade de cours dramatiques d'Al Pacino), qui faisait visiblement flipper l'équipe quand il était dans le rôle. Il est intense, extrêmement dérangeant, avec ses bruits de poule, ses postures et son explosivité. La mère, jouée par Joan Roth, se révèle assez funky dans la dernière partie du film, plutôt badass mais aussi totalement traumatisée par les évènements. Chapeau bas également à Stacy Haiduck, dont le principal argument est une poitrine dénudée généreuse, mais est finalement plutôt attachante, à défaut d'être crédible dans ses réactions.
Je m'attendais à une série Z déjantée et Impossible à prendre au sérieux, je me retrouve avec un slasher de survie totalement crasseux, et qui fait rire jaune plus qu'autre chose. Ceci grâce donc à l'acteur principal, impressionnant, et une réalisation finalement assez austère pour ne pas virer au n'importe quoi... Une série B fauchée, mais pas si mal foutue, donc.

Par Guillaume

MONKEY MAN de Dev Patel - 2024.

 

Ce film m'a intrigué dès sa sortie, et la genèse compliquée rend le projet attachant... Et j'aime bien Dev Patel.


Un jeune homme fait des combats de catch clandestins, dans les bas fonds d'une ville indienne, et accepte de perdre, jour après jour, pour de l'argent. Après avoir réussi à décrocher une place dans un bar luxueux, il décide de s'attaquer à son obsession : venger la mort de sa mère et la destruction de son village, massacrés par le chef de la Police locale...

 

Si l'histoire est simple, un mélange de récit de vengeance, de conte initiatique, et de fable morale (et de pure action), Patel imprègne son récit de références à la culture indienne, et au fond mystique qui s'y cache toujours. Le rythme est soutenu, les combats ont du sens, et les personnages, même s'ils sont légèrement (hum) binaires, sont bien écrits.
Le héros est totalement obsédé par sa vengeance, mais n'est pas jugé pour autant, même par ses amis renégats mystiques, qui viennent lui filer un coup de main... Je ne sais pas trop si c'est raccord avec les préceptes religieux du coin.

 

Pour un premier film, Patel frappe fort, c'est le cas de le dire : l'esthétique est clinquante mais plutôt réussie, avec une colorimétrie puissante, parfois proche du clip, qui n'a rien à envier aux grosses productions des studios américains. Le son est vibrant, puissant, avec cet anglais abîmé parlé dans les rues de cette fausse Bombay. Mais évidemment, le gros point fort, ce sont les scènes d'action : dans la veine d'un John Wick, elles sont fluides, assez peu montée (beaucoup de longues séquences), et filmées au plus près. Une vraie réussite ! L'aspect cru et sanglant est plutôt réjouissant, proche du bricolage hardcore de The Raid, ou de la débrouille "je prends ce qui me passe sous la main pour poutrer mon prochain" chère à Jackie Chan.
Au cœur du récit et de l'image, il y a donc Dev Patel. Jeune, fougueux, torturé et longiligne, il se paie ici une sacrée reconversion en héros d'action, lui qui était plutôt connu pour ses films indépendants. Pour une fois qu'un gros bastonneur est bon acteur !
Le reste du casting est tout droit sorti des films bollywoodiens, avec surjeu, gueules pas possibles, et méchants très méchants. Mention spéciale à Sikandar Kher, en chef de la Police charismatique mais résolument pourri, ou Sharlto Copley, seule trogne occidentale ici, en insupportable organisateur de combats clandestins. Les femmes ne sont pas en reste, avec la jolie Sobhita Dhulipala, ses gros yeux globuleux, ses lèvres refaites, sa poitrine gonflée à l'hélium, ou l'agressive Ashwini Kalsekar, en gérante de bar hardcore.


Au final, on s'en prend plein la gueule, on découvre un pan de culture indienne de manière ludique (à gros coups de tatanes, s'entend), et on repose la télécommande un peu sonné. Une réussite presque totale, l'aspect giga manichéen étant parfois agaçant (en même temps, c'est pas du Bergman).


Le blu-ray est splendide, avec des couleurs et des noirs intenses. Le son est puissant, chargé en basses, ça a secoué les vitres. Les bonus sont fort intéressants, avec des scènes plus longues, une fin légèrement alternative, et de petits modules making of super intéressants (on apprend notamment les vicissitudes de la production, avec l'arrivée tardive de Jordan Peele comme producteur, qui a permis au film de se finir proprement et sans concession).

 

Par Guillaume

LES TSIGANES MONTENT AU CIEL ( Şatra / Табор уходит в небо ) d'Emil Loétanu - 1976

 

Je continue de rattraper tranquillement mes lacunes en cinéma soviétique, merci Potemkine

Présenté comme l'un des grands succès du cinéma en URSS à la fin des années 70 (on parle de 65 millions de spectateurs, quand-même, ça file le tourni), cette grande saga romanesque et flamboyante entrait dans un plan visant à mettre en valeur les cultures diverses accueillies dans le berceau soviétique (ici, les tsiganes des Carpates orientales, par un réalisateur moldave).

 

L'histoire, donc : un jeune et talentueux voleur de chevaux, pourchassé par la Police mais respecté de ses pairs (son côté Robin des bois, certainement, qui redistribuait tous ses gains), se voit sauver par une jeune femme flamboyante dont il ne sait rien. Sorti des brumes de la fièvre, il tente de la retrouver, sans savoir par où commencer...

 

Un récit shakespearien en diable, parsemé de morceaux musicaux totalement improbables (ça se rapproche parfois des cow boy chantants des débuts du parlant), mais qui éclairent de manière subliminale la vision du monde de ces peuples nomades.

Notre couple de héros est authentiquement tragique, nourri d'une intensité dramatique totalement abusée, et entièrement soumis aux règles de vie qu'ils se sont créées. L'orgueil de chacun les amènera évidemment à une fin terrible... Ce n'est donc pas un docu fiction, mais bien un mélodrame sur fond de cavalcades dans la steppe, avec des personnages hauts en couleurs, des trahisons, des incompréhensions agaçantes et des dialogues abscons.

La fin m'a un peu sidéré par sa brusquerie, que je n'avais pas vue venir. Mais je suppose que c'est cohérent avec la mentalité ultra jusqu'au boutiste de ce type de culture. Je m'y reconnais peu, donc ça me semble exagéré, mais allez savoir...

 

Surplombant un casting principalement composé de locaux, Grigore Grigoriu est un mélange de charisme goguenard et moustachu, que visiblement tout le monde kiffe. Il a un genre, il faut bien avouer. En face, la splendide Svetlana Toma, spectaculaire, vénéneuse, d'une beauté encore assez moderne (la pipe au bec, sourire en coin et les cheveux au vent). Le casting féminin m'a plus impressionné que le masculin, assez ombrageux et glauque. Les filles font souffler un vent de liberté, et la fin le confirme. Les morceaux musicaux sont très curieux : on navigue à vue dans une forme d'approximation sympathique mais gentiment bordélique, avec des rythmes un peu bancals, et une post synchronisation de l'enfer. Une gamine hyper souriante mange la caméra, mais n'a aucun rôle bien précis, je ne sais pas si elle a continué, mais sa bonne humeur est contagieuse.

 

En termes de mise en scène, je reste toujours assez bluffé par la maîtrise technique, les choix hyper forts faits par le réalisateur. Les couleurs sont sublimes, les plans en mouvement sont plutôt classieux (c'était visiblement tourné en 70mm, ça a dû être funky), on sent le vite-fait bien-fait contraint, mais le résultat est vraiment spectaculaire. La musique est omniprésente, et plutôt agréable, même si ces musiques tziganes chantées en Russe, ça surprend.

 

Au final, je ne sais pas trop quoi penser : j'ai trouvé le film ringard comme une vieille carte postale, mais techniquement classieux. La fin m'a vraiment laissé sur le côté, mais elle a sa logique, qui me dépasse totalement. Bref, je reste un peu enquiquiné, avec un objet filmique soigné, mais tellement inscrit dans son époque et son territoire qu'il m'a un peu délaissé. Une vraie curiosité, ceci étant dit.

 

Le blu-ray a une image spectaculaire (beaucoup de films occidentaux de l'époque n'ont pas une remasterisation aussi dingue, aujourd'hui), avec un son mono mais super bien nettoyé (je soupçonne que les voix principales aient été réenregistrées tellement c'est propre), bref rien à redire. Les bonus sont nombreux, je dois bien avouer m'être endormi devant (des interviews des acteurs, une analyse d'un spécialiste du cinéma soviétique, un making of d'époque...). Comme je connais peu ce cinéma et cette époque, je regarde généralement tout et c'est super intéressant !

 

 

Par Guillaume

UNIVERSAL SOLDIER - Roland Emmerich - 1992

 

Après avoir tourné autour pendant des années, je me décide : hier soir, c'était Universal Soldier, avec ce duo de poètes, Van Damme & Lundgren. J'ai bien ri.

Luc Deveraux est un bien brave soldat US usé par la guerre du Vietnam. Alors qu'il approche de la quille, il doit calmer les ardeurs de son camarade Andrew Scott, qui tue des gens (plein) et leur coupe les oreilles (s'ensuivent moultes blagues sur prêter l'oreille, on rit). Ils s'entretuent donc joyeusement. 20 ans plus tard, on retrouve nos larrons lobotomisés, sous les seyants patronymes de GR44 et GR13. Devenus des machines de guerre sans émotion au service du gouvernement, ils accomplissent des missions extrêmes sans sourciller. Sauf quand GR13 abat devant témoin un civil innocent, et GR44 craque un peu... S'ensuivent moults combats, explosions et débats philosophiques (non).

Le scénario est une vaste blague, con comme une huître, mais il crée les situations nécessaires à de la grosse baston bourrine, et c'est pour ça qu'on l'aime ! Les 2 ennemis sont construits avec une truelle de 2m de diagonale, et les dialogues ne relèveront pas le niveau. La journaliste essaie tant bien que mal de nous faire croire que ça pourrait avoir du sens, mais c'est peine perdue quand on voit 5 malabars tout juste sortis de cryogénisation tirer à la sulfateuse sur tout et n'importe quoi (et puis après ya des explosions). C'est juste non. La suspension d'incrédulité, c'est un phénomène puissant, mais ça demande un minimum d'effort.

Pour filmer ce bazar, Emmerich fait le nécessaire : cadrage serré, montage sec, ralentis sur les moments classe, gros plans sur le BG Van Damme, et de la sueur à l'envi. La musique est bien bourrine aussi (chapeau bas au choix de Body Count pour le générique de fin, assez marrant vu le bourrinage auquel on vient d'assister). Pas du grand art, mais de l'artisanat efficace, sans fioriture.

Et devant la caméra, un Van Damme des grands jours. Pas trop de craquage, un jeu assez sobre, pas de grand écart facial superfétatoire, il joue bien le héros naïf paumé (mais bien musclé), avec des moments ridicules impeccables (la scène du restaurant, parfaite de bêtise infantile). Lundgren en fait, lui, des caisses, avec son gimmick des oreilles, ses grimaces hargneuses et sa brutalité frontale. Le reste du casting est au diapason, avec les sourcils froncés, des blagues viriles et des cris quand on meurt.

Bref : je ne m'attendais pas à un chef d'oeuvre, et j'ai été servi ! Une série B ultra vénère et bourrine, faite avec efficacité et sans chercher aucune crédibilité, et un casting à l'avenant. On est prévenus, on n'est pas là pour faire des castagnettes ! J'ai finalement bien aimé, sous ce vernis de bêtise ne se cachant pas vraiment de morale (ou alors : tuer, spa bien), c'est reposant.

 

 

Par Guillaume

PATLABOR ( 機動警察パトレイバー 劇場版 ) de Mamoru Oshii. 1989.

 

Mamoru Oshii, comme beaucoup, je l'ai découvert avec Ghost in the Shell, puis j'ai rattrapé mon retard (Lamu, Patlabor, L'œuf de l'ange...), et si j'ai adoré Beautiful Dreamer, ses Patlabor m'ont vraiment fait l'effet de brouillons ultra luxe à son monumental GitS. Bref.


En prenant pour base l'univers de robots géants réaliste de Patlabor, Oshii nous tricote un polar pas si compliqué, et surtout ne nous explique finalement pas tout (ce gredin). En gros, suite à une mise à jour massive de l'OS des Patlabor (des robots géants multi usages, mais principalement utilisés dans la construction et les services de sécurité), certains commencent à totalement débloquer, et l'équipe d'intervention que nous suivons à fort à faire pour éviter que ça vire au carnage... Mais les investigations avançant, l'équipe en vient à se demander si ce qui semble être un bug n'est finalement pas volontaire ?

 

Un thriller qui pose déjà pas mal les bases stylistiques de Oshii, avec de longs moments contemplatifs, des sous-entendus parfois à se gratter la tête, et une fin, donc, pas si explicite (ou alors j'ai dormi). Mais les personnages sont forts, les scènes qui bougent sont soignées à mort, et on s'accroche régulièrement à son siège.


Si le graphisme n'est pas encore au sommet atteint avec GitS, et même assez loin de la sophistication de Patlabor 2, ce film respire l'artisanat chiadé, avec des effets 3D à l'ancienne, des déformations type fish-eye qui régalent, et une dynamique d'ensemble qui secoue bien la rétine. L'animation n'est pas en reste, avec certaines séquences ultra fluides, un design d'ensemble particulièrement précis (notamment pour les décors et les labors), et un sentiment de réel très fort. Pour son époque, on tutoie les sommets, même si Honneamise, Venus Wars ou évidemment (ÉVIDEMMENT) Akira lui tiennent le menton, Ghibli étant hors catégorie.


Un film plutôt compréhensible et linéaire pour du Oshii, mais qui laisse un petit sentiment d'inachevé concernant les motivations du coupable (je n'en dirai pas plus). Sinon tout roule, et voir un anime old school de ce calibre est toujours ultra réjouissant.


Le blu-ray est assez propre, même si un peu granuleux (mais les saletés sur l'image ont l'air d'être d'origine, puisqu'on les voit bouger aux mouvements de plans). Le son est sobre, et explose assez peu en 5.1 (mais quand il le fait, ça surprend). Aucun bonus notable.

 

Par Guillaume

PATLABOR 2 (機動警察パトレイバー2) de Mamoru Oshii. 1993.


On sent la montée en puissance technique des films d'Oshii : sorti 2 ans avant Ghost in the Shell, il est juste en dessous en termes visuels, mais de peu... Allez, parlons-en !


Dès la première séquence, on est prévenus : quand ça bouge, c'est BEAU. Et le design a pris un sacré coup de polish, c'est splendide. Pour autant, là où le premier film était relativement fun et proche de la série, là, Oshii envoie tout bouler, et on part sur un pur thriller politique paranoïaque, dans lequel notre brave Goto, habituellement débonnaire et rigolo avec sa troupe de bras cassés, se trouve isolé dans ses décisions, et bien plus sérieux qu'à l'accoutumée. L'histoire est par contre tout aussi alambiquée, avec ses fausses pistes (terrorisme ? Interventionnisme américain ? Coup d'état militaire ?) et son antagoniste tellement mystérieux qu'on en a finalement rien à battre. Un scénario vaporeux, qui nous mijote quand-même quelques morceaux de bravoure, mais nous perd régulièrement dans les discussions loooooooongues des personnages, et les déclarations philosophico-politiques de tout ce petit monde. Oshii a le don de rendre complexe une histoire simple, un vrai Nolan de l'animation japonaise. C'est sûrement dû au travail de son scénariste, qui pousse loin (il a bossé avec lui depuis l’œuf de l'angle, jusqu'à Avalon).


Mais si l'histoire nous paume volontairement, quid de la réalisation ? Oshii repart à bloc, et repousse les limites de ce qu'il a développé dans la série et le film. Cette fois, c'est ultra réaliste, présenté comme un reportage de guerre, avec vision nocturne, graphiques et représentation 3D des zones de conflit. Quand on connaît l'histoire récente du Japon, converti au pacifisme à coups de bombes atomiques et d'occupation américaine, ce film est une alerte : les japonais ne sont plus prêts à la guerre, eux qui ont pourtant toujours été un peuple guerrier, voire impérialiste. Les références à une guerre urbaine, civile, clinique, est donc d'autant plus frappante qu'elle est crédible. Les séquences de fight sont monumentales, démesurées par la taille des Labors, qui dominent la scène de leurs 10 ou 12m de haut. La musique de son côté est toujours aussi soignée, Kenji Kawaii évidemment aux manettes...


Bref, encore une fois, une démonstration technique de haut vol, et une histoire qui semble inutilement compliquée. Les motivations de l'antagoniste restent nébuleuses, et le récit en ressort un peu vain. Mais le film reste magistral, dans sa forme et son fond, et oublie parfois un peu qu'il vient d'une licence qui n'en demandait pas tant...


Le blu-ray est très propre une fois encore, avec un son un peu inégal (quand ça pète, ça pète fort, mais il faut tendre l'oreille pour entendre toutes les subtilités lors des dialogues). Gros agacement lors de 2 freezes de l'image (vers 52mn puis vers la fin), qui m'ont fait perdre quelques secondes de film. Je ne sais pas si ça vient du lecteur ou du disque, mais c'est horripilant. Gros bonus cette fois, avec un making of / interview de presque 1h, avec Oshii qui ne se fait pas de cadeaux et un staff technique surpris de l'usage qui leur est demandé en matière de CG...

 

Par Guillaume

LA FELINE de Jacques Tourneur - 1942

 

Réalisé par un français inspiré avec 2 bouts de ficelle, ce Cat people a marqué une génération de réalisateurs par son sens de l'ellipse, son côté linéaire et malin, et une esthétique proche du film noir et de l'expressionnisme en vogue la décennie précédente. En le voyant 84 ans après (diantre), on comprend pourquoi.


Avec son histoire simple (une jeune femme est convaincue de ne pouvoir embrasser son mari à cause d'une malédiction familiale, qui la transformerait alors en féline et lui ferait tuer son amant), Tourneur nous emmène dans les tourments de l'amour impossible, de la dépression et d'une forme de refus de la modernité. L'héroïne est fascinée par les félins, les écoute la nuit, leur rend souvent visite, mais refuse de se mêler aux humains, et l'amour lui tombe dessus comme une guigne... De la même manière, le héros découvre que sous la beauté et le charme de sa femme, se cache une ombre qu'il ne sait pas gérer, et apprend à vivre malheureux, ce qu'il n'avait jamais fait avant...

 

Un récit finalement assez moderne et psychologique, qui flirte d'ailleurs avec la mode de la psychanalyse de l'époque. La bascule vers le fantastique est un modèle de sobriété, et l'ingéniosité du réalisateur vient de son refus des effets visuels faciles pour pallier son petit budget.


Avec sa mise en scène toute en finesse, mais aussi en efficacité, Tourneur tricote un film à la fois beau et prenant, intriguant, qui nous embarque sans vraiment nous laisser le choix. Son noir et blanc est très soigné, et certains plans nous ramènent clairement au Lang des années 30, quand la fluidité et le mouvement de la caméra nous rappellent aussi volontiers Hitchcock. Bref, de belles références, pour un travail très propre au vu des contraintes.


Mais pour parachever tout ça, Tourneur a bénéficié d'un casting de qualité : Oliver Reed, impeccable de docilité et de platitude dans le rôle du mari (les fêlures le rendent plus intéressant par la suite) ; Alice Moore, puissante en femme amoureuse mais digne, et évidemment la spectaculaire Simone Simon, qui retente l'aventure américaine après son triomphe dans La bête humaine. L'actrice française a un bel anglais, agrémenté d'un accent indéfinissable, qui fonctionne bien avec l'histoire (elle est supposément d'origine serbe), et son minois alterne entre le mignon et mutin, et le carrément inquiétant quand on la découvre proche de basculer dans la seconde partie. C'est vraiment elle la grande réussite de ce film !


En 75mn, on en prend plein la tête sans une goutte de sang, avec une caméra qui survole les séquences violentes, les suggère, et nous laisse imaginer ce qu'il y a de pire. Ce n'est pas aussi oppressant qu'un Hitchcock, ça ne se veut pas terrifiant comme les films de monstres de la Universal, mais c'est à la fois plus subtil et gratifiant. Un vrai bon film, à voir en n'oubliant pas son âge vénérable !


Les éditions Montparnasse ne nous ont pas gratifié d'un gros travail éditorial : présentation succincte, et v.o.s.t. uniquement. L'image est baveuse et floue, abîmée par des effets de traîne dégueulasses. Le son s'en tire mieux, mais reste très sobre (évidemment). Espérons une belle édition remasterisée un jour !

 

 

Par Guillaume

LES TROIS MOUSQUETAIRES de Geroge Sidney - 1948

 

Une adaptation sautillante et colorée du roman de Dumas, avec un casting costaud et une histoire relativement respectée, c'est plutôt pas mal ! Alors certes, il y a déséquilibre entre la première et la seconde partie (la première est très vive et enlevée, avec de l'action, du mouvement et des combats par-dessus la tête, quand la seconde relève plutôt du complot et de la trahison, avec moins d'action et plus de drama). Mais l'ensemble tient absolument la route, les personnages sont plutôt bien écrits (une pensée cependant pour Portos et Aramis, transparents), et les dialogues fusent plutôt pas mal. Le ton est légèrement ironique et décalé, mais reste respectueux de l'histoire originale, et j'ai vraiment eu le sentiment de découvrir l'original cinématographique de ce récit (même s'il y en a certainement eu avant, et bien entendu moults après).


Pour illustrer son propos, Sidney a sorti les grands moyens. L'image est soignée, la couleur splendide, le format 1:37 fonctionne plutôt bien, même s'il surprend aujourd'hui, et la mise en scène est particulièrement dynamique. Les costumes, les décors, tout est hyper convaincant, sans aucune fausse note. Évidemment que la mise en scène est parfois ampoulée ou datée, mais le film a quasi 80 ans, encore heureux qu'il est daté !


Mais si l'aspect technique est soigné, que dire du casting ? Lana Turner en Milady, d'une cruauté et d'une malice redoutables, June Allyson en Constance, godiche mais attachante, Van Heflin impeccable en Athos alcoolique et rongé par son passé, et évidemment... Gene Kelly ! Sautillant, charmeur, grande gueule, naïf, d'une agilité ahurissante, il est majestueux. Pour jouer ce rôle de jeune homme, il est parfait malgré ses 36 ans, et l'énergie qu'il déploie nous embarque sans mal. Sans rire, je pense qu'il était au niveau des meilleurs artistes martiaux Honk Kong des années 70-80, avec une fluidité d'exécution que je ne retrouve que dans les films de kung fu classiques. Bref, redoutable. Vincent Price en Richelieu est évidemment impeccable lui aussi, plus sérieux et moins cabotin qu'attendu, ceci dit.


Que dire ? Ce film est un régal absolu, si on tient compte de son âge. C'est bien écrit, bien réalisé, excellemment joué : allez-y sans trembler, et retombez en enfance !!

 

Le DVD est très propre, avec une belle colorimétrie. Le format est annoncé en 1:33 (format original 1:37), mais je n'ai pas eu l'impression de gros recadrages... Le son est plutôt propre, rien d'ébouriffant. Les bonus sont curieux mais assez chouettes, avec de quoi se faire une séance comme au cinéma de l'époque : la bande-annonce, un documentaire hagiographique de la ville de Londres en 1946, et un grand classique de Tex Avery, avec Homère la puce. C'était cool !

 

Par Eric

Arte TV nous offre encore (et toujours) une pépite du cinéma. Ce film de 1964 arrive au 2/3 de la filmographie de Luis Buñuel où il continue de moquer la société bourgeoise française et de la nature humaine en général. Il continuera après avec bien d'autres films (Le charme discret de la bourgeoisie, Cet obscur objet du désir). Il semble que la satire ne soit pas très fine voire même grossière car tous les personnages ont des travers (sexuels pour l'immense majorité des hommes). Personne ne semble vraiment avoir grâce aux yeux du réalisateur. C'est tout a fait jubilatoire mais je peux comprendre qu'a l’époque, une bonne partie de la société se soit offusquée du message. 

 

Il reste que l'immense majorité des spectateurs et des critiques (même les plus réservés, tels que l'Office Catholique Français du Cinéma - OCFC) ont applaudi le jeu des acteurs (surtout de Jeanne Moreau) et la mise en scène. Le propos et les faits décrits sont d'une telle perversité et tellement graves qu'on ne peut que reconnaître le talent avant-gardiste du réalisateur espagnol. Les personnages sont tous plus abjects les uns que les autres sous couvert de civilité. On y voit du fétichisme, de la pédophilie, du sadisme et autres déviations. Quel film contemporain pourrait se permettre de mettre un cocktail aussi explosif? 

 

En positionnant le film dans les années 1925-30 (contrairement au roman d'Octave Mirbeau qui se situe en 1900), Buñuel a pu ajouter une description de la montée du fascisme et de l’antisémitisme. On notera le clin d’œil provocateur de la fin, où les personnages crient "Vive Chiappe !" qui n’était autre que le préfet qui avait interdit "L'âge d'or", premier film subversif de Buñuel. 

 

Le film est en noir et blanc, avec de jolis travellings et surtout une absence de musique, renforçant le caractère oppressant de l’atmosphère. La maison est bien utilisée pour représenter les rouages et mécanismes d'un microcosme qui essaie d'agir tout en se cachant des autres. Un joli reflet de la société en général. 

 

Ce film est souvent décrit comme le plus accessible de Luis Buñuel, dans sa période provocatrice. Alors ne vous privez pas d'1h32 de satire perverse si joliment mise en scène.

 

 

Par Céline

Voir ou revoir « La Nuit du Chasseur » au cinéma... La question ne se posait pas.


Quand on a la chance d’habiter à proximité de salles où l’on passe de tels classiques, on y court. Pour en
écrire un retour, c’est plus difficile. Les plus grands critiques, les historiens les plus érudits ont déjà laissé
leur plume saluer le talent de cet acteur oscarisé, scénariste, producteur... et réalisateur d’un unique film.
Mais quel film !


Un film noir, un thriller, un film d’épouvante, une parabole... un conte de noël qui n’existe que pour
mettre en garde les enfants contre les grands méchants loups. Une satire sociale où les grenouilles de
bénitier sont ridiculisées, où les moutons de Panurge sont pointés du doigt. Comment le définir ? Les
grandes œuvres sont inclassables.


Robert Mitchum, Shelley Winters, Lilian Gish le portent avec frénésie. Et par un jeu qui ne saurait renier
l’expressionnisme allemand. Mitchum en psychopathe charismatique, Lilian Gish en mère universelle, et
Shelley Winters en veuve illuminée forment un trio puissant ; l’un est le Mal, qui danse tel un diable sur
des charbons ardents, l’autre le Bien, droite, courageuse, et humble mais fervente croyante, la troisième
l’agneau aveuglé. Ce personnage de Shelley Winters complètement manipulée par celui qu’elle identifie
comme celui qui vient la délivrer du Mal, au même titre que les villageois, entre en transe pour satisfaire à
l’emprise de ce pasteur apocryphe. Illuminations surréalistes ! N’oublions pas les enfants, c’est à eux que
l’histoire s’adresse. Il n’y a pas mieux pour leur donner des cauchemars. John a l’intelligence brave et
fidèle à son serment, Pearl une confiance inébranlable en son grand frère. Les protégés de Rachel (Lilian
Gish) la suivent tels des oisons suivant Ma Mère l’Oye...


Image ciselée comme au couteau, éclairages violemment contrastés, lumière éblouissante venant du ciel
en incessant duel avec celle de la lame du tueur aux nerfs à vifs, symboles picturaux de névrose sexuelle...
Au noir profond de la soutane, répond le blanc immaculé des chemises de nuit. Ou du visage de la petite
Pearl, qui sera souillé en se cachant dans la cave où l’enfant perd son innocence : elle comprend et elle a
peur.

 

C’est à Stanley Cortez que reviennent les lauriers pour cette somptueuse photographie : celle de la
Splendeur des Amberson qu’il avait dessinée pour Orson Welles . Mais c’est bien à Laughton que
reviennent ceux de son écriture. En pensant à Hopper et son hyper réalisme, il a conçu les séquences de
l’univers de Rachel. Installée sous le porche de sa maison, immobile et silencieuse dans son rocking chair,
elle semble habiter un tableau du grand peintre américain. Le surréalisme n’est pas loin non plus, à en
faire pâlir Salvador Dali, pour les séquences les plus violentes et les plus symboliques de la perversion du
tueur.


La Nuit du chasseur n’a pas reçu un bon accueil à sa sortie. Il est aujourd’hui un incontournable.
Le voir sur grand écran est un privilège. Ne manquons pas de telles occasions !

 

Vu par Céline, le 6 janvier 2026.

Par Jean-Pierre

« Outrage » d’Ida Lupino (1950) est une plongée audacieuse dans l’indicible. Avec ce film, Ida Lupino, figure rare de réalisatrice dans le paysage hollywoodien des années 1950, ose aborder un sujet tabou : le viol. Le film suit le parcours d’une jeune femme, victime d’une agression sexuelle, dont la vie bascule sous le poids du traumatisme et du regard social. Lupino évite soigneusement le mot « viol », préférant des euphémismes comme « agression » ou « crime », reflétant ainsi l’incapacité de l’époque à nommer l’indicible. Ce choix linguistique, loin d’être anodin, souligne la pudibonderie d’une société qui préfère contourner la réalité plutôt que de l’affronter.

Lupino excelle dans la représentation visuelle de la détresse psychologique. La scène de la poursuite, filmée en noir et blanc avec des angles de caméra audacieux et un montage saccadé, traduit l’horreur et la confusion de la victime. La répétition de cette séquence, plus tard dans le ranch, renforce l’idée d’un traumatisme qui hante et se réactive. À l’inverse, les scènes lumineuses en extérieur, notamment celles avec le pasteur, offrent un contraste saisissant, symbolisant une lueur d’espoir dans un récit par ailleurs sombre.

Le film interroge le rôle des femmes dans la reconstruction de la victime. Si certaines figures masculines (le pasteur et le patron du ranch) incarnent une forme de salut, les femmes – mère de la victime et épouse du patron – se cantonnent à un rôle de soignantes, réduites à panser les blessures physiques. Lupino, malgré son audace, reste prisonnière des codes de son temps : la solidarité féminine est absente, et la libération de l’héroïne passe par l’intervention masculine. La critique sociale est subtile, mais limitée.

Outrage s’inscrit dans une filmographie courte mais marquante : Lupino n’a réalisé que huit longs-métrages, après une carrière d’actrice. Son approche, à la fois humaniste et formellement inventive, mérite d’être redécouverte. Le film, bien que perfectible, reste un jalon important dans la représentation des violences faites aux femmes au cinéma.

Le film apparaît donc à la fois de son époque et en avance sur elle. Lupino y déploie une sensibilité rare, mêlant critique sociale et innovation visuelle, tout en révélant les limites d’un discours encore timide sur le viol. Une œuvre qui, malgré ses imperfections, continue de résonner avec une troublante actualité.

Par Jean-Pierre

Rio Grande (1950) de John Ford, entre grandeur épique et ambiguïtés idéologiques, troisième volet de la « trilogie de la cavalerie » de John Ford, s’inscrit dans la tradition du western classique tout en en révélant les contradictions. À travers la quête d’un escadron chargé de traquer des Apaches en révolte, Ford déploie une réflexion sur l’engagement militaire, où sacrifice, camaraderie et discipline forment le socle d’une virilité héroïque. Pourtant, derrière cette épopée visuellement somptueuse se cachent des failles idéologiques qui, aujourd’hui, rendent le film aussi fascinant que problématique.

Une symétrie formelle au service du mythe Ford structure son récit autour de miroirs narratifs et visuels : l’attaque des Indiens répond à celle de la cavalerie, le retour des soldats encadre le film, et les sérénades à la femme du colonel (Maureen O’Hara) trouvent leur écho dans celles dédiées au général. Cette symétrie, presque rituelle, renforce l’idée d’un ordre militaire immuable, où chaque geste, chaque combat, participe à la construction d’un mythe fondateur. Les paysages de la Vallée de la Mort, filmés avec une maîtrise sublime, deviennent le théâtre d’une confrontation entre « civilisation » et « sauvage », où la cavalerie incarne une forme de destin manifeste.

Les scènes de bataille, d’une ampleur rare pour l’époque, sont tournées avec un sens du mouvement et de l’échelle qui rappelle les fresques historiques. La poursuite des chariots par les Apaches, notamment, est un morceau de bravoure où Ford marie tension narrative et esthétisme pur. Pourtant, cette grandeur formelle ne doit pas occulter ce qu’elle sert : une vision romantisée, voire romantique, de la conquête de l’Ouest.

L’ombre du racisme et de la misogynie - C’est là que Rio Grande révèle ses limites, voire ses scandales. Le traitement des personnages amérindiens, réduits à des figures de menace anonymes et dénuées d’humanité, est d’un racisme consternant. Ford, qui a pourtant su donner de la profondeur à des personnages marginaux dans d’autres films, semble ici adhérer sans distance à la propagande de l’époque, où l’Indien n’est qu’un obstacle à abattre pour la « marche du progrès ». Pire, la scène finale où le général Sheridan fait jouer Dixie, l’hymne sudiste, lors du défilé, relève d’une réécriture honteuse de l’Histoire, gommant l’esclavage et la ségrégation au profit d’une nostalgie réactionnaire.

Les femmes, quant à elles, ne sont guères mieux loties. Maureen O’Hara, bien que forte et charismatique, reste cantonnée à un rôle de faire-valoir : épouse dévouée, mère sacrificielle, ou objet de désir pour les soldats. Les rares moments où elle tente de s’émanciper (comme sa décision de quitter le fort) sont immédiatement neutralisés par le récit, qui rappelle à l’ordre la femme « rebelle ». Ford, cinéaste par ailleurs sensible aux personnages féminins complexes, semble ici prisonnier des codes du genre.

Un western entre culte et critique, Rio Grande est donc un film à double tranchant. D’un côté, il incarne l’apogée du western fordien : une épopée visuellement sublime, portée par des acteurs iconiques (John Wayne, Victor McLaglen) et une mise en scène d’une rigueur exemplaire. De l’autre, il expose les limites idéologiques d’un cinéma qui, en magnifiant la conquête de l’Ouest, en a aussi occulté les violences et les injustices.

Aujourd’hui, le regarder, c’est à la fois célébrer le génie d’un cinéaste qui a façonné l’imaginaire collectif, et interroger ce que ce même imaginaire a choisi d’oublier. Ford a peut-être écrit l’Histoire de la conquête de l’Ouest au cinéma, mais c’est aussi à nous, spectateurs, d’en réécrire la lecture.

Par Jean-Pierre

« L’Échelle de Jacob » d’Adrian Lyne (1990) est une descente aux enfers onirique!

Une nuit, sur les ondes du cinéma Le France à Thonon-les-bains, un film oublié a resurgi des limbes du cinéma : L’Échelle de Jacob, œuvre énigmatique d’Adrian Lyne, où Tim Robbins incarne un soldat hanté par les démons de la guerre du Vietnam. Dès les premières images, le spectateur est plongé dans l’horreur d’un champ de bataille, filmé avec une intensité qui rappelle l’urgence brutale de Platoon ou la folie méthodique de Full Metal Jacket. Un homme tombe, blessé, et soudain, le réel se déchire.

New York. Un métro. Des silhouettes difformes, des visages déformés par une laideur presque surnaturelle. Le film bascule alors dans un cauchemar éveillé, où les frontières entre hallucination et réalité s’effacent. Les scènes s’enchaînent comme les cercles d’un enfer moderne : un brancard glissant dans les couloirs d’un hôpital, peuplé de créatures dignes des tableaux de Jérôme Bosch ; un camarade explosant dans sa voiture, victime d’une violence aussi soudaine qu’inexplicable ; puis, l’enlèvement par des agents secrets, fantômes d’une conspiration sans visage.

L’Échelle de Jacob est un film hybride, à la fois thriller paranoïaque et fresque fantastique, où chaque plan semble creuser un peu plus le mystère de l’âme humaine. Comment ne pas voir, dans cette œuvre méconnue, une rédemption pour Lyne, trop souvent réduit à ses films érotiques (Liaison fatale, 9 semaines et demie) ? Ici, il transcende le genre, mêlant angoisse métaphysique et tension narrative avec une maîtrise rare.

Merci au France de nous rappeler que le cinéma, parfois, cache ses perles dans l’ombre.

Ce style met en valeur la dimension poétique et analytique du film, tout en gardant une fluidité narrative.

Par Eric

Nous suivons pendant presque 1h30 le parcours de cette femme d'un bourg perdu de Macédoine. Cela n'a pas l'air très attirant sur le papier (d'ailleurs, c'est où la Macédoine?) et pourtant l'esthétique et la poésie du film sont à saluer tout comme les paysages grandioses et la photographie soignée. Les premières séquences, notamment, m'ont semblé comme un grand moment de cinéma documentaire, avec une progression dramatique et des cadrages magnifiques.

Honeyland est une fable écologique puissante, illustrant les dangers de la surconsommation et de la surexploitation des ressources naturelles (notamment les abeilles, mais pas seulement). Le documentaire met en lumière la nécessaire relation harmonieuse entre l’humain et la nature (l'homme prélève de la nature mais doit toujours lui laisser assez pour vivre), à travers le personnage de Hatidze, une apicultrice traditionnelle, et le contraste avec ses voisins qui adoptent une approche industrielle et destructrice.

La force émotionnelle de ce film transcende le simple documentaire car les scènes de famille (surtout avec la mère) nous réservent de très beaux moments d'émotion pure, dans le vrai sens du terme.

 

Notons que certains ont pu s’interroger sur la part de mise en scène ou de reconstruction dans le film. Certaines séquences (le décès par exemple), bien que magnifiques, semblent trop "écrites" pour être du pur documentaire, ce qui peut troubler le spectateur sur la réalité de ce qu’il voit. Cette remarque compréhensible ne m'a pas dérangé en réalité.

 

Honeyland a été primé à Sundance et nommé aux Oscars 2020 dans deux catégories (meilleur film international et meilleur documentaire), une première dans l’histoire des Oscars.

Par Jean Pierre

L'autre jour j'ai regardé un film de 1926. Muet donc, La montagne sacrée de Arnold Franck avec Leni Riefenstahl. Celle qui deviendra la cinéaste de Hitler. 

 

Un mélo mais avec deux séquences étonnantes. 

 

Le film se passe dans les Alpes. Une danseuse rencontre deux alpinistes et les aime. Bon c'est un mélo.

 

La première séquence est une course en ski et la caméra est au milieu des coureurs, c'est magnifique et il y a des images de descente pas mal du tout. 

 

Vers la fin, une caravane de secours part dans la nuit avec des torches et dans la neige. Les images sont magiques.

 

Jean-Pierre